Adapter sans infantiliser : accompagner les adultes dyspraxiques

Prénom : Cindy

Statut :

À travers son regard d’orthoptiste, Cindy éclaire les mécanismes de la dyspraxie chez l’adulte et rappelle l’importance d’un accompagnement adapté, fondé sur la compréhension et l’individualisation.

« Chez l’adulte, l’enjeu n’est pas de corriger, mais d’aider à compenser intelligemment. »

Entrevue

Bonjour, pourriez-vous vous présenter brièvement ?

Je suis Cindy, orthoptiste. J’exerce depuis 2001, principalement en libéral.
Je travaille auprès de personnes déficientes visuelles ou neurovisuelles, ainsi qu’auprès de personnes en situation de handicap, notamment des enfants présentant des difficultés psychomotrices.

En quoi votre métier vous amène-t-il à travailler avec des personnes dyspraxiques ?

Mon métier consiste surtout à travailler la fixation, la poursuite, les saccades visuelles, le balayage visuel, l’analyse visuo-spatiale ainsi que la mémoire visuelle.

Chez les personnes dyspraxiques, la motricité oculaire est souvent un peu entravée, ce qui les met en difficulté. C’est ainsi que nous avons commencé à travailler sur ces problématiques.

Pouvez-vous nous expliquer ce qu’est la dyspraxie de manière générale ? Est-elle reconnue comme un handicap à l’âge adulte ?

La dyspraxie concerne la capacité à effectuer un geste coordonné, que ce soit avec les mains ou avec les yeux.
Souvent, la dyspraxie est visuo-spatiale : il s’agit d’un dysfonctionnement d’une zone cérébrale qui commande le geste.

On observe fréquemment :

un défaut d’automatisation des gestes, des difficultés d’organisation dans l’espace, des problèmes de perception spatiale.

Aujourd’hui, la dyspraxie est reconnue comme un handicap, même si cette reconnaissance est relativement récente.

Quelles sont les principales difficultés rencontrées par les adultes dyspraxiques au quotidien ?

On observe d’abord une lenteur générale dans les gestes du quotidien, ainsi qu’une grande maladresse.
Chaque geste doit être pensé, conscientisé, car rien n’est automatisé.

Par exemple :s’habiller, cuisiner, effectuer des gestes minutieux.

Tout demande un effort conscient constant, ce qui entraîne une grande fatigue physique et psychique.

La dyspraxie génère-t-elle de l’anxiété ?

Oui, bien sûr. Elle peut entraîner un manque de confiance en soi.
Elle peut aussi créer des difficultés sociales, car la personne peut paraître différente, maladroite ou lente, avec des gestes parfois brusques.

Ces difficultés se retrouvent-elles dans le monde professionnel ?

Oui. En plus de la lenteur, il existe souvent : des difficultés d’organisation des tâches, des difficultés de planification, une gestion compliquée des changements de dernière minute.

Le temps de réaction peut être trop lent, la personne peut se sentir submergée par l’anxiété, ce qui peut nuire aux relations professionnelles.

Intervenez-vous régulièrement auprès d’adultes dyspraxiques ?

Je n’en vois pas beaucoup : deux ou trois seulement.
La plupart ont été diagnostiqués tardivement. Aujourd’hui, les enfants sont dépistés plus tôt, mais ce n’était pas le cas pour les générations adultes actuelles.

Il m’arrive de repérer des signes lors de bilans classiques et d’orienter les personnes vers un diagnostic.

Existe-t-il des stratégies ou adaptations pour les adultes ?

Oui. Il est important de prendre conscience de ses troubles de coordination.
Par exemple, les difficultés en multitâche peuvent être révélatrices.

Au quotidien : consulter un ergothérapeute, ralentir prendre son temps, rester le plus serein possible.

La dyspraxie peut-elle être atténuée avec le temps ?

La dyspraxie restera toujours présente.
Ce n’est pas réellement rééducable, mais on peut mettre en place des processus pour aider et soulager, notamment en répétant les gestes pour essayer de les automatiser.
Cependant, cela ne sera jamais totalement acquis.

Quels sont les principaux manques dans l’accompagnement des adultes ?

Le principal manque est le dépistage : beaucoup d’adultes ne sont pas diagnostiqués.

Les outils existants sont-ils trop orientés vers les enfants ?

Oui. Les ressources actuelles sont majoritairement destinées aux enfants, ce qui peut être infantilisant pour les adultes.
De plus, ces outils sont souvent très répétitifs et peu valorisants.

Les adultes recherchent-ils des ressources en ligne ?

Oui, surtout lorsqu’ils sont diagnostiqués.
Mais ils trouvent majoritairement des contenus destinés aux enfants.

Une plateforme interactive avec exercices et mini-jeux pour adultes serait-elle pertinente ?

Oui, ce serait un vrai plus : des ressources adaptées aux adultes, plus complexes et plus orientées vers la réflexion.

La personnalisation des interfaces (simplification visuelle, etc.) serait-elle utile ?

Oui. Même sans déficience visuelle, des adaptations comme : des icônes plus grandes, une meilleure aération des textes, des retours sonores
pourraient être efficaces.

Quels types d’exercices en ligne seraient pertinents ?

Exercices d’exploration visuelle,

coordination main-souris ou tactile,

jeux de clic au bon moment.

La tablette tactile serait particulièrement intéressante.
La réalité virtuelle pourrait également offrir des simulations utiles.

Ce type de site pourrait-il compléter le suivi thérapeutique ?

Oui, car les adultes sont moins disponibles que les enfants pour se rendre en cabinet.

Avez-vous déjà recommandé des outils numériques ?

Non, car je ne suis pas très à jour sur ce sujet, et ils sont rarement adaptés aux adultes.

Les fiches pédagogiques téléchargeables au design moderne seraient-elles utiles ?

Oui. Les supports actuels sont simples et peu élaborés graphiquement. Ils pourraient être améliorés.

Les supports imprimables seraient-ils utiles aux professionnels ?

Oui, notamment pour travailler la coordination des mains sur papier.

Que pourrait-on ajouter à ce projet ?

C’est l’approche du corps dans sa globalité et La gestion du geste dans l’espace et donc peut-être que d’avoir des vidéos d’exercices à faire dans l’espace pour justement apprendre à coordonner tout ça serait intéressant.

des simulations,

Voir une approche avec un casque de réalité virtuelle pour travailler pour travailler la mobilité, la coordination des gestes dans l’espace, ou même s’organiser dans l’espace, se déplacer, se mouvoir. Un peu comme dans un circuit parce que c’est quelque chose de compliqué chez les dyspraxiques

Les simulations interactives pourraient-elles sensibiliser le grand public ?

Oui. Comme pour la dysgraphie, les simulations permettent de comprendre la difficulté.
Par exemple : cuisiner, faire ses lacets, etc.

Des précautions sont-elles nécessaires pour éviter que ces simulations soient représentatives sans être trop frustrantes ou caricaturales ?

Oui. Chaque dyspraxie est différente, et la fatigue influence la réalisation des gestes.
Ces simulations doivent servir à montrer le niveau de difficulté.

Cela aiderait-il les proches et les professionnels à mieux comprendre ?

Oui.

Les personnes dyspraxiques elles-mêmes pourraient-elles en bénéficier ?

Oui. Cela les aiderait à expliquer leur quotidien et le coût physique et attentionnel de ces gestes.

Quand les gestes ne suivent pas le regard : la dyspraxie en pratique

Ce témoignage s’inscrit dans une démarche de sensibilisation.
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